Et si on marchait sur un glacier ?

J-1, le temps d’avoir la boule au ventre, d’acheter du matériel et de louer des chaussures de haute-montagne. Je prépare mon sac car demain, je dormirai au refuge Albert Premier situé sur le Glacier du Tour dans la vallée de Chamonix. L’objectif ? Grimper mon premier sommet. Refuge Albert 1er ? En effet, le Roi des Belges était un grand alpiniste et il a  donc inauguré le glacier sur lequel nous allons mettre les pieds (enfin surtout les crampons).  Roi – Glacier – froid, le tout pendant le redémarrage de Game Of Thrones, impossible de ne pas se dire que nous allons affronter La Montagne et que la partie est loin d’être gagnée. Concrètement, me voici avec un piolet, des crampons, un baudrier dans mon sac et je ne sais même pas chausser le premier ou user du deuxième (bon le baudrier si, quand même !!). Notre objectif : atteindre le sommet de La Petite Fourche qui culmine à 3500m.

Pour y parvenir, nous  partons avec un guide de haute montagne. Nous rencontrons Nicolas autour d’un café puis nous démarrons  par une randonnée sur laquelle j’évite de prendre trop de photos pour éviter de me la jouer touriste (#histoiredenepasmegrillertropvite). C’est très joli, on découvre très vite que le glacier est à portée de main. Après une 1h15 de marche, c’est l’arrivée, la glace a envahit notre espace. Je découvre la bicoque qui sera notre logement. Elle est gérée par un gardien (le taulier en gros), quelques salariés et le tout porté par la CAF. La CAF ?? Le Club Alpin Français (oui, l’espace d’un instant j’ai vraiment cru que la caisse familiale portait le refuge tel un dispositif d’accompagnement ancestral !). L’endroit me projette tout de suite dans mon voyage en Asie. Un refuge de montagne en termes d’ambiance c’est grosso modo une auberge de jeunesse : des bouquins disponibles, un feu de bois, des inconnus qui discutent ensemble…et un bar ! Bref,  je me sens bien ! Il y a des règles au refuge et la première est de se déchausser et de trouver une paire de Birkenstock à sa taille…ou pas !

 Petite pause, et nous repartons sans sac à dos marcher sur le glacier. Des gestes nouveaux sur un sol méconnu. Enfiler le baudrier, chausser les crampons, user du piolet, le tout pour découvrir les techniques de marche sur le glacier. La sensation est vraiment géniale : tout craque, le sol sur lequel on marche est vivant,  gris bleuté, gris clair,  blanc parfois, et surtout, il y a des crevasses impressionnantes partout.

On apprend donc à monter, descendre, se relever en cas de chute. Autour de nous : rien, un silence constant. Enfin. C’est aussi pour ça que je voulais venir ici. Fuir l’agitation quotidienne. Là, on est seul à faire les malins sur de la glace ! Après un long moment à profiter, nous rentrons, sourire aux lèvres.

La soirée consistera à profiter du soleil couchant, à prendre des notes, à papoter avec ses voisins de tablée, à méditer aussi. La vie.

Topo pour le lendemain :

  • lever à 3h30 (ça pique)
  • petit déjeuner dans la salle commune (je n’aime toujours pas parler le matin)
  • chausser le matériel (pas à l’envers)
  • se retrouver dehors à 4h00 avec la frontale et partir (si les trois premières étapes se sont bien passées…)

Le réveil devait sonner à 3h00. A 2h55, nous étions déja entrain de nous habiller. Pression, ronflements des voisins, chaleur dans la chambre, pression, pression… je ne sais pas lequel choisir mais nous sommes déjà debout ! Dans la pièce commune, tout le monde fait comme nous, et prend son petit déjeuner. On parle peu, j’écoute beaucoup autour de moi. En fait, certains ont campé dehors et viennent prendre leur petit déjeuner. Beaucoup de filles aussi, ça me rassure.

Passage salle de bain, ai-je dit qu’il n’y avait pas d’eau chaude au refuge ? Ainsi, l’eau glacée de la montagne sur le visage le matin, réveille tout à fait nettement !

Puis il est l’heure d’enfiler son matériel et de partir.

Cela fait tout drôle de se retrouver comme ça à marcher dehors à 4h00, la lune est noire, on ne voit vraiment rien d’autre que le rond projeté de la frontale. Il fait froid mais finalement assez doux dès qu’on commence à grimper. Nous sommes encordés, je suis au milieu. Il faut tenir le rythme du guide tout en gardant une certaine distance : en gros la corde ne doit ni être trop tendue, ni toucher par terre. Il faut trouver le pas de l’alpiniste.

Tout va bien, ça monte doucement, on enjambe sereinement des crevasses sur leurs extrémités. Jusqu’à tomber sur une. Que je n’arrive pas à enjamber. Impossible. Je tombe, je n’arrive pas à appliquer ce que j’ai fait la veille. En passant je me fais mal au genou gauche. Il fait nuit, je déteste faire attendre du monde, je veux aller vite et je rate. A CHAQUE FOIS. Le guide décide de faire demi tour. Gros travail sur soi pour continuer d’avancer.

Nous redescendons TOUT ce que nous venons de monter. Et ce n’était pas rien. J’ai les boules. Nous revenons presque au point de départ. Nous repassons par un autre endroit avec des crevasses visiblement plus accessibles pour ma technique limitée.

Et c’est reparti pour une montée. Une petite heure en plus. Il commence un peu à faire jour. C’est un peu physique mais tout va bien (oui, je ne râle jamais très longtemps). La pause arrive, petite barre de céréales et beaucoup d’eau.

Nous repartons jusqu’à arriver à une pente. Une pente ? Oh un mur qui me fait ravaler ma salive d’un coup.  Cette fois j’ai peur, et le guide, fin observateur, l’a bien remarqué. Je laisse une partie de mon sac à dos qu’il va gentiment planquer (comme ça si un marcheur blanc arrive, il ne le verra pas et ne me prendra pas ma bouffe). Nous démarrons la montée. En vrai, une fois sur la pente, la peur est partie car le physique a pris le dessus. Il s’agit de bien pousser sur ses cuisses pour permettre aux crampons de s’ancrer dans la glace. Tout ça en se concentrant sur ses pas et sur la puissance à mettre dans son bras pour le piolet. Bref, c’est une première alors ça prend un peu de temps pour s’habituer. Mais avec un peu de pugnacité, on arrive à tout. Alors on arrive là haut. Et le guide de nous dire :  » c’est ça de l’alpinisme ! ».

Pas mécontente de découvrir ce sport. Pas mécontente d’être là haut non plus.

Fini ?

Non !

On enlève les crampons, c’est l’heure de l’escalade. Des petits gants, un soleil qui est levé, c’est parti pour atteindre le sommet. Et là, je m’amuse ! Trouver sa prise, identifier le chemin le plus facile (bon en vrai le guide guide alors il montre le chemin), utiliser l’ensemble des 4 membres pour se mouvoir et faire corps avec chacun des cailloux. Voilà. Ah et j’oubliais : le vide de chaque côté. Mais surtout un paysage incroyable.

Au bout de 20 minutes, j’espère quand même arriver au bout, c’est pas le tout mais je rappelle que nous sommes partis à 3h30 du matin ! Nous y sommes. Comme dirait Sylvain Tesson (lors de la projection de La Voix des Glaces),  le plaisir c’est de laisser une trace invisible qui mène à un endroit. Et heureux d’y être parvenu, il faut reprendre cette trace, presque immédiatement, tout aussi invisible restera-t-elle. C’est bien vrai.

Nous repartons, quelques minutes plus tard. Je reste au milieu, mais le guide est cette fois-ci derrière. Il nous assure en cas de chute vers le vide ! La descente de cailloux se fait bien, remettons les crampons pour refaire cette foutue pente…impressionnante… puisque l’on marche face au vide.

Je tombe plusieurs fois, j’emmêle mes crampons dans mon pantalon, je ne lève plus mes jambes, oui il est 10h, ça fait déja 6heures de sport. Bon. Je n’ai pas l’habitude d’en faire autant (voir même la moitié…) de manière si dense. Une fois en bas, la pause eau – barre de céréale rebooste.

Allez, le plus dur est passé, profitons de ces moments uniques. Oh il y a encore quelques chutes, quelques moments de déconcentration mais le plus dur est fait. La dernière pause est la plus chouette, car plus longue, et posés sur des cailloux chauffés au soleil. Que demander de mieux. On voit déja la glace fondre à certains endroits, il est temps de repartir !

Et c’est ainsi que nous retrouvons le refuge Albert Premier. En guise de cadeau : la plus belle des planches charcuterie – fromage.

Ces deux jours devaient continuer avec l’ascension du Mont Blanc le lendemain. Mais j’ai abandonné. On verra ça l’année prochaine après quelques cours d’alpinisme, quelques 10km et un peu plus d’entrainement ! Mais j’en connais un qui avait bien assez de force pour aller jusqu’au sommet :

Et vous, l’ascension d’un sommet ça vous tente ? Et pourquoi ? C’est par cette dernière question que le guide a commencé à faire notre rencontre. Question intéressante car les réponses sont vraiment variées.

En tout cas sachez-le : après tant de sport et quelque soit votre sommet,  le meilleur spa du coin est surement ici, avec vue sur le Mont Blanc et le refuge du gouter !

A bientôt,