Paris – Granville

Il est 7h40 du matin et vous êtes d’humeur joyeuse.

Grâce à Blum et ses copains du Front Pop’, vous partez en vacances. Quel joli mot à trois syllabes que VA-CAN-CE. Vous avez pris le temps de bien choisir la destination et ce sera « à la campagne ». Vous allez prendre le train depuis la capitale,  jusque Granville. Vous descendrez dans une charmante bourgade dénommée Vire. La ligne a ouverte en 1867, vous vous en rappelez comme si c’était hier, mais vous n’aviez jamais eu l’occasion d’aller jusqu’en Basse-Normandie. Vous êtes tout content de vous rendre dans une nouvelle contrée !

Vous prenez le train et vous vous apprêtez à faire 300 km en 12 heures. Oui 12 heures. Vous êtes en gare, vous avez un peu froid, mais vous avez de l’allure avec votre cache-col jaune moutarde et parme. Il est tôt, 7h00, vous vous dirigez vers le comptoir pour acheter votre billet. On vous demande : classe économique ou supérieure ? Vous savez exactement combien vous pouvez dépenser pour ce voyage, vous avez compté et recompté les liasses de billet cachées sous le matelas. M’enfin avec cette nouvelle dévaluation de la monnaie, vous vous y perdez un peu. Vous êtes riche ou pauvre ou quoi ? Que répondre ?

Ce pauvre guichetier vous regarde vous perdre dans vos reflexions avec une simple question. Vous vous reprenez et répondez : « supérieure ».

Vous avez votre ticket, direction le quai de la gare. Des femmes sont là et vous proposent du thé et du café bouillant. Par bouteille pleine. Elles savent que c’est l’unique chose qui pourra vous réchauffer dans ce voyage et pour cause : les fenêtres sont déja toutes ouvertes. Votre siège : le 17A, près de la fenêtre. Par peur de vous tromper vous faites certifier l’exactitude de la combinaison ticket et emplacement avec le contrôleur qui porte un uniforme très sérieux. Il opine du chef.

Le siège ? Un peu mou, assez haut pour votre tête et un repose-pied parfaitement adapté à votre taille. Est-ce propre ? Pourquoi le serait-ce ?

A l’heure avec 30 minutes de retard, le train part. Vous aviez oublié cette sensation, ce ballotement de gauche à droite par saccade. Une vraie danse ! Une dame passe, elle vend des sucreries. Vous ne résistez pas, vous achetez un beignet à la pomme, votre préféré. Et puis, vous allez au pays du Calvados, il faut tout de suite commencer l’initiation avec ce fruit !

Vous vous retournez, votre voisin de derrière chique du tabac. Vous trouvez ça affreusement disgracieux. Pourtant quand il vous sourit, ca lui donne un air benêt qui vous fait rire. Vous vous dites que vous auriez pu emmener votre photographe qui s’est doté des nouvelles pellicules couleurs Kodachrome. Ca aurait fait un effet dans le train, c’est certain !

Vous passez la tête par la fenêtre, vous regardez Paris s’éloigner tout doucement. La Tour Montparnasse (l’anachronisme est total) s’éloigne. Vous faites coucou à un bâtiment ! Qu’est-ce qu’on peut faire de choses stupides quand on est heureux ! C’est beau Paris au ralenti.

Votre voisin commence à discuter avec vous et à un moment vous propose de vous mettre de l’autre coté du wagon pour avoir une meilleure vue. Pour admirer le viaduc construit par Eiffel dans 200km. Vous frétillez d’avance à l’idée de traverser un viaduc construit par Gustave !
Une chose après l’autre. Vous êtes sorti de Paris et vous longez la Seine. Une légère brume masque le paysage au premier plan, le bruit du train vous apaise, le ballottement de gauche à droite sans arrêt vous berce.
Soudain la campagne à perte de vue. Mazette. C’est beau. Et ces paysans qui travaillent dans les champs avec les bœufs . Quel courage.
Parfois ça sent…la merde de vache !
Lors des croisements avec les chemins de terre, vous passez votre tête par la fenêtre, les gens qui attendent devant la barrière saluent le train alors vous répondez énergiquement.

Léger brouhaha, le train s’arrête. Tout le monde descend. Oui, monsieur le chauffeur est sympa, vous arrivez un peu avant le viaduc alors il vous laisse admirer la vue depuis la terre ferme.

Oh le chameau ! Un monsieur vous a pris en photo sans votre consentement. Vous remontez vite dans le train. Et doucement, très doucement le train s’aventure sur ce viaduc long d’un kilomètre. Que c’est impressionnant. Ça bouge de partout.  Avez vous peur ? En tout cas, les gens sont sages, vous aussi.
A l’arrivée , comme pour  féliciter tout le monde du passage sans encombre, des curés saluent le passage du train.
La campagne est belle depuis le viaduc . Vous avez bien fait de choisir la Normandie comme destination, vous le sentez déjà, le le voyage, c’est le début des vacances et puis 12h c’est pas si long lorsqu’on prend le temps.

Dans 30 minutes vous êtes à destination et c’est vos proches qui vous attendent !

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Au Myanmar, j’ai pris le train de Pyin Oo Lwin à Hispaw. J’ai eu l’impression d’avoir la chance de vivre une journée aux côtés de mes grands parents quand ils avaient 20 ans. Le train que j’ai pris a plus de 100 ans, il roule vraiment à 30km/h, il déraille parfois. Les fenêtres sont grandes ouvertes, vous pouvez les fermer à votre guise. Mais vous savez quoi ? Tout le monde admire la vue, même les locaux. A un moment,  j’ai fermé les yeux, je me suis revue il y a quelques mois entrain de râler car le métro n’allait pas arriver avant 4 minutes… C’est facile à dire mais « foncez » prendre ce train pour prendre le temps ! La campagne était splendide. Et ces moments de vie quand le train s’arrête ! J’ai vu des hommes remplir un wagon de sacs de choux-fleurs…par la fenêtre !

Le monsieur derrière moi chiquait du Betel, une plante qui rend les dents rouges avec le temps d’où parfois une allure qui me fait sourire. Nous sommes vraiment descendus avant le pont histoire de l’admirer depuis les rails. A la sortie, ce n’était pas des curés mais bien des moines qui étaient là, je me demande quand même pourquoi.

Les puristes savent que le viaduc de la Souleuvre ce n’était pas sur la ligne Paris-Vire mais Caen – Saint Lô, vous ne m’en tiendrez pas rigueur, j’avais besoin d’un comparatif de taille ! Le pont de Gokteik au Myanmar a été construit par les Anglais en 1901, il fait 689 mètres de long et culmine à plus de 100 mètres au-dessus du sol. Aujourd’hui, c’est le plus haut pont du pays. Quant au viaduc de la Souleuvre, je suis sure qu’à présent, toi qui ne connais pas (encore) le bocage normand, tu as envie de venir y faire un saut. Ca tombe bien, c’est possible !

des poutous

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En route !
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A la sortie du pont, le moine guette !
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Impressionnant !
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J’ai eu un peu peur quand même
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Lorsque nous sommes descendus du train, il y avait cette dame qui vendait des petites choses à grignoter
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On dirait qu’on fonce hin ? Mais non.
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Le pont de Goktheik
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Aux abords du train, ça cultive, ça cultive !
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On s’approchait tellement doucement, il n’a pas bougé d’un poil
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En gare au petit matin
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La jolie gare de Pyin Oo Lwin
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A chaque arrêt, ça vend, ça achète, ça vit !
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L’heure du déjeuner
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A l’arrêt
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15 minutes de pause : à table !
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Le train allait visiblement très vite
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POUR DE VRAI
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A la campagne
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J’ai pas dit qu’il y avait une couverture en classe supérieure…
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Du riz !